Quelle grève des enseignants-chercheurs ?
Un article du Figaro, daté déjà du 13 mars 2009, nous apprend que les enseignants-chercheurs qui sont en grève sont toujours payés. En effet, au ministère, seuls 300 d’entre eux, sur la France entière, étaient recensés grévistes.
Pour mémoire, je citerai l’article 10 de la loi n° 2007-1224 du 21 août 2007 sur le dialogue social et la continuité du service public : « la rémunération d'un salarié participant à une grève, incluant le salaire et ses compléments directs et indirects à l'exclusion des suppléments pour charges de famille, est réduite en fonction de la durée non travaillée en raison de la participation à cette grève ».
Ainsi les enseignants n’effectuent pas leurs heures de cours mais ne sont pas déclarés grévistes pour autant. Il est d’ailleurs surprenant de les écouter faire de grands discours sur la solidarité de la « communauté universitaire » et nous demander à nous, étudiants, de prendre position alors qu’en fait eux-même n’ont pas le courage d’aller jusqu’au bout de leur propre logique et ne sont pas officiellement déclarés grévistes.
On peut même pousser l’analyse jusqu’à s’interroger sur la nature même du mouvement : s’il n’y a pas de grévistes, peut-on parler de grève ? Qu’est-ce au juste que ce mouvement où des salariés de la fonction publique n’accomplissent pas leur travail, organisent des AG et manifestent ouvertement mais ne se déclarent pas en grève ?
Malheureusement, ceux qui vont subir de plein fouet les conséquences de ce mouvement illégal seront les étudiants tandis que les enseignants (sont-ils encore dignes de ce titre ?) reprendront leur train-train après s’être offert des vacances au goût fantasmé de mai 68.
A l’attention de nos profs, voici un rappel juridique : « le simple fait de participer à un mouvement collectif illicite, indépendamment de l’attitude de chaque salarié, est constitutif d’une faute lourde » (voir le site du CNT concernant le droit de grève).
Un deuxième mouvement s’est greffé sur celui de nos profs, le blocage de l’université.
À ce sujet, je discutais hier avec un de mes profs et il me disait qu’il ne comprenait pas pourquoi les étudiants ne participaient pas aux AG. Voici ma réponse :
Premièrement, j’ai peur de me faire remarquer et invectiver tant il est vrai que le soi-disant discours démocratique n’est qu’un nuage de fumée. En vérité, les militants pro-blocage (dont il n’est pas prouvé que ce sont des étudiants) ne savent pas se contrôler et n’hésitent pas à crier, insulter ou railler ceux qui ne partagent pas leur point de vue.
Je n’ai pas l’âme d’une martyre et je supporte difficilement d’être traitée d’imbécile parce que mes opinions sont différentes. J’ai aussi peur de me faire remarquer par mes profs car un jour le mouvement cessera… Ceux qui jettent de l’huile sur le feu aujourd’hui sont ceux qui m’évalueront demain. Entre parler et me taire, le choix est vite fait.
Deuxièmement, je ne suis pas à la fac pour militer mais pour recevoir un savoir et développer mes propres capacités de réflexion et de travail. J’ose même dire que la politique partisane ne m’intéresse absolument pas et que je ne comprends pas l’amalgame qui est fait entre les termes « étudiant » et « militant ».
Alors, dans ces conditions, et vu la tournure ouvertement politisée du mouvement de blocage (clairement dirigé contre Sarkozy), je refuse d’entrer dans le jeu parce qu’aujourd’hui se dire contre le blocage signifie être pour Sarkozy. Je le dis ici : je suis contre le blocage parce que je veux travailler et que c’est ce que je suis venue faire en m’inscrivant à la fac.
Troisièmement, ça ne m’amuse pas de voir que le corpus de nos enseignements est périodiquement rogné parce que les cours ne sont pas donnés et que, de ce fait, la valeur de nos diplômes s’en trouve diminuée.
Si j’ai ma licence cette année (et rien n’est moins sûr, du fait du blocage), il m’aura manqué quatre mois d’enseignement : deux l’année passée et deux cette année. Sur les vingt et un mois d’enseignement théoriques étalés sur les six semestres (si on exclue les vacances et les périodes d’examens), ça représente près d’un cinquième du contenu de nos cours qui n’a pas été dispensé. Quelle valeur peut-on accorder à un tel diplôme dans ces conditions ?
Ceux qui crient à la dévalorisation des diplômes universitaires en sont les premiers responsables. Il n’y a qu’un moyen pour revaloriser nos diplômes : que nous leur accordions, nous-même, de la valeur et que nous nous remettions au travail. Recevoir des diplômes alors que nous n’aurions pas travaillé et croire qu’ils auront de la valeur n’est qu’un mirage et les seuls à se laisser abuser sont les initiateurs même de ces soi-disant mouvements étudiants.
J’ajouterai enfin que je souffre de la situation mais que cette souffrance semble laisser indifférent. On m’a même dit « il faut faire de petits sacrifices ». Mais qui les fait, au juste, ces sacrifices et qui, aujourd’hui, peut juger de leur ampleur ou de leurs conséquences ?
Fin de la grève + fac débloquée = REPRISE DES COURS



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire